L’inaction du gouvernement nous coûte 100 millions de dollars pour la bataille avec les États-Unis

Ces jours-ci, le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, se rend à Washington D.C. afin de tenter de renverser les taxes sur le bois d’œuvre imposée par le gouvernement américain.

Il semble déterminé à régler cette affaire qui a coûté plus de 94 millions de dollars à notre industrie forestière en 2018.

Lorsqu’on ajoute seulement quelques coûts à cette bataille, la facture s’élève à près de 100 millions de dollars. Cet argent est retiré de notre économie au cours d’une période où ni l’industrie forestière, ni le gouvernement et surtout pas les contribuables peuvent absorber cette dette. Étant donné que notre premier ministre est concentré sur les problèmes fiscaux et que la dette provinciale s’élève à 14,1 milliards de dollars, il est sans doute inquiet de cette situation.

si nous n’avons pas un juste marché, nous le règlerons
— le premier ministre Blaine Higgs

Comme les premiers ministres du passé l’ont découvert, ce n’est pas chose facile de défier le pouvoir américain et les chances de succès sont très minimes. Même si notre premier ministre parvient à gagner, il sera trop tard. Ses chances de succès sont beaucoup plus élevées ici, chez nous, car le scélérat dans cette affaire n’est pas le gouvernement américain, mais plutôt notre gouvernement provincial. C’est vrai, notre gouvernement provincial est à blâmer. La bonne nouvelle c’est que le Premier Ministre Blaine Higgs peut rectifier ce problème.

Dans le passé, l’exportation de notre bois d’œuvre était exemptée des tarifs américains imposés aux autres provinces, car nous avions un marché réellement compétitif dominé par un juste prix. Mais maintenant, ni nos prix ni notre marché ne sont compétitifs faute du gouvernement qui permet à ceux qui dominent l’industrie d’avoir plus d’accès au bois des terres de la Couronne à prix réduit.

Nous devons écouter les experts et non seulement l’industrie

Pour justifier l’imposition de tarif, les Américains pointent notre marché injuste et se basent sur leur enquête, ainsi que sur le travail de nul autre que le vérificateur général indépendant du Nouveau-Brunswick.

Depuis la dernière décennie, les vérificateurs généraux du Nouveau-Brunswick ont prévenu que les gouvernements ne respectaient pas leur propres lois et pratiques forestières.

En 2015, la vérificatrice générale Kim MacPherson a avisé que le gouvernement pourrait être en conflit d’intérêts; son mandat doit d’une part assurer une source d’approvisionnement proportionnel de bois des forêts privées dans les usines, mais d’un autre côté, prendre plus de bois des terres de la Couronne augmente les revenus et aide le ministère du Développement de l’énergie et des ressources à balancer son budget.

Dans une telle situation, il est impossible d’être confiant que les prix payés représentent vraiment la valeur juste du marché… Le système de redevances motive les usines à garder le prix offert aux propriétaires bas…
— Michael Ferguson, Vérificateur général du Nouveau-Brunswick 2008

Le gouvernement continue d’augmenter l’accès au bois des terres de la Couronne dans les usines en raison des pressions de l’industrie. Les chiffres démontrent d’ailleurs que plus de la moitié du bois coupé provient des terres de la Couronne, tandis que le bois des terres privées se chiffre à 15 %.

Dans sa décision d’enquête, le Département du Commerce américain a exprimé sa préoccupation concernant la dépendance du bois de la Couronne et craint pour les propriétaires de lots boisés privés. Nous savons tous comment il est difficile de faire compétition avec les bas prix d’un marché saturé de bois de la Couronne. Le département a aussi ajouté des préoccupations concernant un marché non-compétitif mis à l’oreille du gouvernement du Nouveau-Brunswick en 2008 par le Vérificateur général de ce temps, Michael Ferguson.

« Le fait que les usines contrôlent tellement directement ou indirectement la source d’approvisionnement en bois d’œuvre au Nouveau-Brunswick démontre que le marché n’est pas un marché ouvert » a dit M. Ferguson. « Dans une telle situation, il est impossible d’être confiant que les prix payés représentent vraiment la valeur juste du marché… Le système de redevances motive les usines à garder le prix offert aux propriétaires bas… ». Le Département de Commerce a aussi noté que ceci n’a pas changé depuis. C’est une situation avec laquelle les 42 000 propriétaires de lots boisés de cette province sont familiers.

Le tarif imposé est le résultat d’un manque d’action

Malheureusement, les gouvernements précédents ont fermé les yeux à l’injustice qui est maintenant enracinée dans le marché, ainsi qu’à leur engagement à la loi.

Ce manque d’action a entrainé les pénalités considérables que les Américains nous imposent aujourd’hui. Le dernier gouvernement provincial sous Brian Gallant a agi en embauchant l’ancien ambassadeur des États-Unis pour le Canada, David Wilkins pour détourner les tarifs – un effort qui a coûté plus de 950 000$ à ce jour aux contribuables - et en embauchant une grande firme pour préparer un rapport qui soutient que les Américains sont dans le tort.

Ajoutez ceci au 93 471 132,02 $ en tarifs imposés sur le bois d’œuvre du N.-B. en 2018 et vous verrez clairement que cette province paye des montants exorbitants pour un marché injuste et non-compétitif dont les gouvernements avaient été avisés depuis plus de 10 ans.

M. Higgs a suggéré aux journalistes, avant son voyage à Washington, qu’il agirait. Il a dit : « si nous n’avons pas un juste marché, nous le règlerons ».

Nous espérons qu’il dit vrai, car nous ne pouvons plus nous permettre de faire autrement.

Merci de votre écoute,

Rick Doucett

Président de la Fédération des Propriétaires de Lots Boisés du Nouveau-Brunswick.